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Le triangle pédagogique

Visioconférence du jeudi 15 mars 2001, CNED de Mt St Aignan

Articulation entre théorie et pratique en pédagogie : « le triangle pédagogique »

Par JEAN HOUSSAYE

 La situation pédagogique peut être représentée selon un triangle dont les sommets sont : l'enseignant (prof, instit, formateur, ...), l'élève (apprenant, étudiant, formé, ...), le savoir (contenus, programme, référentiel, ...). Sur ces 3 pôles, 2 sont des sujets, l'autre est soit un mort soit un fou. Le mort au sens du bridge (qui est nécessairement et indispensablement présent mais dont le jeu, visible, est joué par les autres) crée un trou dans la relation ; le fou au sens de celui qui a perdu l'entendement, la raison, et avec lequel on ne peut s'entretenir. Les sujets sont actifs; ce sont eux qui comptent dans la relation, et ils se font exister les uns les autres.

 La pédagogie est l'articulation privilégiée de 2 des pôles du triangle, excluant le 3ème avec lequel il faut cependant garder contact. Changer de pédagogie revient alors à changer celui qui prend la place du mort. La pédagogie est donc ici désignation, par les sujets, de la place du mort.

En fonction de ce schéma, il ne peut y avoir que 3 processus : enseigner, former, apprendre.

 1°. Enseigner : la relation centrale est établie entre le professeur et le savoir, les élèves font les morts.

Ou les fous, dans les cas de figure suivants:

  •  les morts sont rebelles et font du chahut, il est donc nécessaire de ménager des points de décompression permettant la régulation, 

  • les morts sont tellement morts qu'ils en deviennent absents,

  • les morts sont réellement absents, et la chasse aux absents devient donc indispensable,

  •  les morts quittent le cours

2°. Former : la relation centrale s'établit entre le professeur et les élèves, c'est le  savoir qui fait le mort. Le professeur et les élèves peuvent faire prendre le rôle du fou au savoir

  •  si le professeur ne supporte pas d'être mis à l'écart (situations de formation non-directives mal gérées)

  • si les élèves ne supportent pas le rôle de sujets (on est tellement habitué et bien dans le rôle du mort du processus enseigner)

 3°. Apprendre : la relation centrale s'établit entre les élèves et le savoir, le professeur a le rôle du mort (accompagnateur de la situation d'apprentissage). Le savoir n'est plus médiatisé par le professeur, mais il (le savoir) est en rapport direct avec les élèves. Le professeur peut alors faire le fou :

  • harcèlement pédagogique sur des groupes de travail réputés autonomes

Une fois installé dans un processus, on ne peut pas en sortir de l'intérieur, on reste tributaire de sa logique. Les 3 processus sont exclusifs et pas complémentaires. II ne peut y avoir 3 sujets, il faut un mort, sinon on obtient un fou.

 Le triangle pédagogique s'inscrit dans un cercle qui représente l'institution. Les différentes institutions ont des rapports différents avec les 3 processus :

- l'institution scolaire

  •  rapport d'identification avec le processus enseigner (pédagogie traditionnelle)

  • elle ne peut accepter le processus former car elle s'est approprié le savoir

  • il existe une volonté politique de passer du processus enseigner au processus apprendre, mais elle se heurte à la résistance des enseignants

-l'éducation spécialisée : est nettement plus orientée vers le processus former

- Quand à la formation continue, bien qu'on tente de faire croire à une spécificité de la pédagogie des adultes, on ne voit pas bien ou serait cette prétendue spécificité.

   Un processus se maintient si la relation centrale laisse un peu la place aux 2 autres processus exclus.  Les processus poussés à leur extrémité débouchant sur des situations caricaturales (mais ô combien présentes  dans la réalité), selon 2 modes :

1.le tiers (mort) est sorti, oublié

  • dans le processus enseigner : si le rapport entre le professeur et le savoir est trop fort, les élèves ne trouvent pas leur place. Le savoir dispensé est inaccessible et incompréhensible, « innapropriable ».

  • dans le processus former : si le rapport entre les élèves et (e professeur est trop fort, le savoir est oublié, il n'y a plus d'activité pédagogique, la relation est bonne, on est bien, et c'est tout.

  • Dans le processus apprendre : si le rapport entre l'élève et le savoir est trop fort (autosuffisance, autodidaxie, auto-formation), le professeur n'a plus sa place.

2. le tiers (mort) est assimilé, absorbé

  • Dans le processus enseigner : si le rapport entre le professeur et le savoir est trop séduisant ou harmonieux, les formés n'ont plus de distance critique, il y a risque de vénération.

  • Dans le processus former, si le rapport entre le professeur et l'élève est trop fort, le savoir passe par la relation quasi-amoureuse, mais ne se distancie pas : risquedu maître et des disciples, voire de la pédophilie.

  • Dans le processus apprendre : si le rapport entre les élèves et le savoir est trop fort, le professeur ne sert plus qu'à servir ce rapport. Il devient un documentaliste, un surveillant, bref un instrument.

Pour éviter qu'un processus n'aille jusqu'à l'extrême, le professeur doit adopter une posture d'équilibriste: son fil est le processus privilégié, son contrepoids est la dose intégrée des autres processus:

-          si l'on enseigne, on pose des questions  à ses élèves (former), ou on leur demande de faire des exposés (apprendre)

-          si l'on forme, on se positionne en expert, on joue le rôle du savant (enseigner), ou on laisse un peu d'autonomie (apprendre)

-          si l'on apprend, on apporte de l'aide ou du soutien (enseigner), ou on établit des relations privilégiées (former)

Tout processus est loin d'être univoque, on peut le faire fonctionner de différentes façons, ce qui décline 6 types de pédagogie :

  • enseigner - côté apprendre : cours magistral puis exercices d'applications  

  • enseigner - côté former : cours vivant sous forme de questions réponses

  • former - côté enseigner : pédagogie libertaire ou anarchiste correspondant plus à des éducateurs usant de pédagogie traditionnelle

  • former - côté apprendre : pédagogie non-directive de type école nouvelle

  • apprendre - côté former : éducation nouvelle, travail autonome, pédagogie de Fresnay, pédagogie différenciée, ...  La construction du rapport au savoir se fait par les formés eux-mêmes, tout en laissant de l'importance à la relation professeur-élève.

  • Apprendre - côté enseigner : EAO, enseignement programmé, pédagogies par objectifs. On trouve des formes pédagogiques très rigides et la notion d'individualisation.

Au final, la pédagogie est un choix de la responsabilité du professeur, il n'y a pas de nécessité pédagogique.

Retranscrit (au mieux je l'espère) par Thierry Chemin  

 EMAIL : CEI-ERP@wanadoo.fr ,

 le 16 mars 2001.  

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  Patrick Lecordier 

 

 

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